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Ekwe  Mardochée  est  chercheur en histoire  et civilisation du vieux Cameroun. Passionné d’histoire, voici près de 20 ans qu’il  consacre sa vie à la recherche de l’histoire de son pays. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il nous présente son tout dernier ouvrage  qui va  paraitre au mois de Décembre dans les éditions Espoir, un département de sa fondation.

 Vous êtes auteur de plusieurs ouvrages, pouvez-vous nous présenter le tout dernier ?
Mon nouvel ouvrage, qui va paraitre dans les prochains jours a pour titre : « Enjeux et Evolution Politique au Cœur de l’Afrique, du XVIe au XXIe siècle, du royaume Basa (Biafra) au renouveau ». Un ouvrage d’anthropologie politique, qui retrace le parcours politique qui a conduit à la naissance du Cameroun en tant qu’entité territoriale et Etat indépendant.


De quoi parle  précisément ce livre?
Cet ouvrage apporte des éléments qui démontrent qu’avant le 9e siècle, le territoire qui prit par un décret Allemand le nom Cameroun en 1901 était connu sous le nom Basa à l’intérieur et Biafra, mafra, Biafara … à l’extérieur, et que d’une certaine manière, ce territoire était organisé avant l’arrivée des Allemands. Nous apportons aussi la preuve que non seulement les contours de ce Biafra, qui ne sont pourtant pas très différentes de celles des premières cartes Allemandes, étaient consignés dans les cartes de l’époque. Bien plus, le nom Biafra se retrouve à différents endroits sur d’autres cartes de l’époque aux endroits qui correspondent aux différentes étapes de la migration Basa à travers le territoire actuel du Cameroun. Or sans sources traditionnelles, le nom Biafra reste une énigme pour les historiens du monde entier au point où pour les camerounais eux-mêmes, ce nom renvoie plutôt au Nigeria.  Il faut ajouter que par cette recherche, nous pouvons aujourd’hui sans risque de démenti crédible soutenir que le nom Biafra est la déformation du nom Basa. Il est important de noter que  par  les différentes langues Européennes de l’époque, le territoire Cameroun était avant le 14e siècle, connu sous plusieurs variantes d’un même nom : Mascha, Bifara, Biafara, Zanfara, Mandara, Jamowa, Mafras, Mafa... Mais vers le 18e siècle, les cartographes vont retenir deux variantes de ce nom pour désigner ce territoire ; Biafra et Bascha. Par ce cheminement, nous démontrons le passé Basa à l’extrême Nord du pays, au Nord, dans l’Adamaoua et son déferlement au 12e siècle au Sud du pays (avant tous les autres peuples Bantu) dont les pointes de sa migration sont identifiable dans le Sud-Ouest, à l’Ouest et le Nord-Ouest,  ce qui justifie l’appellation Basa (Biafra) de tout le pays à une certaine époque. Il faut dire que sur cet espace, le groupe Basa a été à l’origine de plusieurs Royaumes. Le dernier, qui fut érigé sur les bords du Wouri vers 1550, est à l’origine de la naissance du Cameroun en tant qu’entité territoriale, pays indépendant, et à l’appellation Biafra de la baie qui longe l’embouchure du Wouri (Baie ou golf de Biafra). Dans ce livre, nous nous attardons aussi sur la dévolution du pouvoir au sein de ce royaume dont les vicissitudes ont conduit en 1884 à la signature du traité et à l’indépendance du Cameroun.

Quels sont les éléments qui prouvent que  ce sont les Basa qui furent à l’origine du royaume Biafra des bords du Wouri?
Il faut tout d’abord retenir que la ville de Basa, Bascha, Biafra capitale de la région ne devient Douala qu’en 1901 par un décret colonial Allemand. Si cette ville avait été connue sous le nom Douala ou occupée par un groupe de même nom au moment de la signature du traité, les Allemands ne se seraient pas donné la peine d’attribuer un nom à cette ville et par un décret.  D’autre part, on évoque souvent deux Rois Douala, principaux signataires du traité de transfert de souveraineté du pays, alors que le Cameroun ne reconnait le passé d’aucun royaume Douala dans son histoire. Y’a-t-il un roi sans royaume ? Pourtant, les documents qui attestent  qu’à partir de 1840, l’Angleterre va accréditer les consuls auprès du royaume de Biafra sur la rivière Cameroun, existent bel et bien.  Et le tout dernier  consul  que l’histoire  ait  retenu est Hewett, plus connu sous le nom de « last consul » pour être arrivé avec un jour de retard avec les mêmes intentions que les Allemands.  Il se trouve donc que parler de traité germano-Douala en lieu et place du traité germano-Biafra, j’allais dire Germano-Basa dans nos manuels scolaires, est un complot savamment monté comme celui qui créa le groupe Douala de toutes pièces dans le but d’effacer de la mémoire des descendants Basa leur glorieux passé qui les lie étroitement à cette terre qui porte aujourd’hui le nom Cameroun.
Est-ce à dire que les Basa vivent un ethnocide au Cameroun ?

Sans ambages, je crois fermement que les Basa vivent un ethnocide dans ce pays. Sinon comment comprendre que tous les livres de classes élémentaires de notre pays ne parlent que des Douala et des Bakoko sur les bords du Wouri ? Que seuls les Pygmées, les Douala et les Haoussa soient retenues au nombre de peuples autochtones dans le site internet officiel du pays, que des descendants Sao au Sud du pays, seuls les Béti et les Bakoko soient retenus ? Officiellement, aucune recherche sérieuse n’a pas  encore été engagée sur les vraies origines des peuples Sao et Bantu qui font pourtant la fierté de notre histoire. Pourtant,  engager cette recherche, c’est aller à la découverte de la véritable histoire de peuplement du Cameroun qui mettrait en vedette le peuple Basa. Pour brouiller les pistes n’aime-t-on pas souvent avancer que nous venons tous d’ailleurs pour laisser au seul Pygmées (inoffensifs) le privilège d’être les seuls autochtones de ce pays alors qu’aucune date, même approximative ne peut être avancé quant à leur établissement dans le pays. Ce débat n’étant pas au centre de notre préoccupation, révélons tout de même que pour atteindre l’Afrique centrale, la migration Pygmées serait partie de la corne de l’Afrique, en passant par les grands lacs qui sont retenus comme le foyer principal de la migration Pygmées en Afrique. Il se trouve donc qu’au moment où le groupe Bantu (ancien Sao) s’installe au Nord du pays, aucune preuve ne peut être apportée sur la présence des Pygmées sur le territoire qui porte le nom Cameroun aujourd’hui. Cependant, au moment où sous divers pressions une partie de ce groupe engage sa migration au Sud du pays, sans conteste, ils trouvent à l’Est les Pygmées. Pygmées et Bantu, qui est donc Autochtone du Cameroun ? Le débat reste ouvert !
En évoquant les noms Basa, Sao et Bantu ici, quel rapport entre ces noms?  
Il faut dire que le nom bantu (BA NTU) qui veut dire « les hommes » a été forgé pour la première fois par le linguiste Allemand Willem Bleck au 19e siècle. Or, le groupe bantu dont le noyau principal serait pour certains chercheurs le peuple Basa se serait constitué avant l’ère chrétienne. La genèse de la migration bantu est située pour certains, tout autour du Lac Tchad entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria. Et pour d’autres, entre le soudan et l’Ethiopie.  Or, par les résultats de nouvelles recherches, cette migration qui commence pour des raisons que je n’évoquerais pas ici à Aket-Aton (Egypte), traverse la mer rouge, longe sa rive gauche pour se retrouver au Yémen actuel. Du Yémen, elle va traverser la mer rouge pour se retrouve à nouveau en Afrique, en Ethiopie et la Somalie.  Or, le site de l’Ethiopie et de la Somalie était connu  à une certaine époque sous le nom Abyssinie qui dérive du nom Habescha, Abasha, Adnabassa ou Adbassa qui lui-même viendrait du nom Basa. Beaucoup de choses peuvent être dites sur le nom Adbassa (Adnabassa veut dire regroupement des Basa) mais disons en bref que les peuples Massa, Mboum et Tikar, fraction Bantu et autochtones du Nord, plus ou moins soudanisées aujourd’hui situent la genèse de leurs migrations soit à côté de la Mec (Arabie Saoudite), ou au Yémen. Disons aussi que pour certains historiens, c’est de cette région que serait partie la migration Sao, aussi connu sous les noms Sa ou Sô. Il se trouve que dans la langue Massa (que certains disent descendre des Sao) étymologiquement le nom Sao signifie Sa, Sa’a ou Sana’a (San’a est la capitale du Yémen), qui veut dire « les Hommes ». D’autre part, le nom Massa lui-même veut dire « les Hommes ». ‘’ba’’ et ‘’ma’’ étant des préfixes pluriels dans les langues Bantu, même le nom Basa (Ba-Sa) veut aussi dire ‘’les hommes. D’ailleurs, Nsan, Nson, Sango, (le Sango est une langue bantu), sont les termes qui ont pour racine ‘’SA’ et ‘’SO’’ et qui désignent l’homme dans la langue Basa. Ce qui expliqueraient les noms Basa et Baso de ce groupe, auxquelles s’identifient  aussi les Basa du Liberia et qui justifieraient la présence des racines ‘’Sa’’’ et ‘’So’’ contenues dans le nom Sao.
De tous les patronymes des peuples qui composent le groupe Bantu, seul le nom Basa revient à travers l’Afrique.  Il est aussi celui que l’on retrouve le long du parcours migratoire du groupe qui prit le nom Bantu au 19e siècle. De toute évidence, le nom Basa serait celui par lequel le groupe Bantu était connu à l’origine. Le nom Sao ne serait qu’une de ses formulations. Pour clôturer, relevons que le nom du royaume Saba, anciennement localisé au Yémen actuel, veut dire ‘’ ce sont les Sa’’ (ce sont les hommes). Inversé, ce nom devient Basa ‘’les hommes’’.  Il va donc de soi que les noms Sao, Baso, Basa et Bantu ayant la même signification (les Hommes), Willem Bleck n’a fait que transcrire l’antique nom du groupe Basa dans une des langues du groupe. Voici une piste de recherche qui peut aider à mieux connaitre les origines du peuple Basa, du groupe Bantu et de ses différents sous-groupe du territoire Cameroun.

Pourquoi avoir écrit ce livre?
Premièrement, pour mettre les camerounais en phase avec leur histoire .Deuxièmement, pour faire comprendre aux Basa de cette génération le rôle central joué par leurs ancêtres dans la construction de cette nation, sa subordination  à une nation étrangère et  son accession à l’indépendance, et pour s’interroger sur leur rôle dans la marche du pays aujourd’hui.

Apres avoir écrit un livre si riche en révélations, qu’attendez-vous de vos lecteurs, surtout des jeunes générations ?
Qu’ils considèrent cet ouvrage comme ma contribution à la réécriture de notre histoire et à l’avènement d’une société plus démocratique, où toutes les composantes sociologiques sont prises en compte à leur juste valeur. Que la nouvelle génération Basa et du pays, à qui incombe la réécriture de notre histoire, assume pleinement son passé. Et qu’elle sache que, par le nom Basa, les origines des peuples Bantu et Sao, qui restent des énigmes dans notre histoire, peuvent enfin trouver un début de réponse.  

 Comment se  procurer  l’ouvrage ?

Il sera disponible au mois de décembre prochain. Mais  pour avoir plus d’informations je suis joignable au  numéro de tel +237 99 86 35 07/ +237 79 78 41 28

Propos recueillis par TATIANA MATJE MBONDO

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