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Association Mbog Liaa

Ce site a été mise à jour le Lundi 16 Septembre 2019 à 16:51

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IMG 20190321 152343Depuis quelques jours déjà, l'univers artistique et médiatique camerounais est envahi par un phénomène, pour le moins extraordinaire. Quatre jeunes gens se sont mis ensemble dans un projet musical savamment concocté et orchestré et ont livré le doux nectar aux amateurs de bonnes mélodies. Ils ont baptisé ce projet : ADNA. Entendez : Union en langue nsa'a ou si vous voulez, bassa. Les textes organiques de plusieurs chansons de cet opus inégalable sont dans cette langue, ainsi que celle duala. On aurait dit l'union de ces deux peuples qui se côtoient depuis avant la naissance de ce que l'on désigne par Kamerun. Certains ont vu en cette initiative quelques d'obscures desseins qu'ils ont vite fait de peindre d'expressions

lugubres, ténébreuses qui tapissent malencontreusement l'actualité socio-politique du Cameroun ces derniers temps. Les bâ "ethnocentrisme", "repli identitaire ô" et d'autres sonorités bizarres dans des oreilles sensées. Non il ne vaut même plus la peine de s'attarder sur ces problématiques, somme toute sincères de la part de certains analystes. Faisons plutôt place à la musique, imposons nous définitivement le diktat de ce qui vaut vraiment la peine d'être pris en considération avec le Projet ADNA : la musicalité, des textes, des mélodies, des rythmes, des sons envoûtants.

Car une fois de plus, on y a affaire avec cet EP de sept titres ayant "chacun son titre foncier", comme dirait l'autre. Concocté sous le label XM Production. Chaque titre dans lequel chacun des rossignols d'exception a livré un petit bout de cette science vocale à laquelle, ils ont habitué les mélomanes. Est-il encore besoin de dresser un portrait de chacun des protagonistes : Roger SAMNIG (XMalea) , Final D (DICKA DOUALLA Jean Baptiste, transfuge de Bantou Possy ?), Armand BIYAG et Andy JEMEA ? Juste qu'ils comptent aujourd'hui parmi les plus prestigieuse voix que compte ce pays béni pour de si nombreux talents qui inondent le monde. Également des musiciens émérites qui vous fabriquent des mélodies mirifiques comme d'autres distillent le vin de palme, avec différents instruments en plus de celle qui leur ait commune, la voix. Chacun disposant d'un studio d'enregistrement qui leur facilite de surcroît des arrangements de leurs sonorités. Ils sont Douala, Bassa où cotisés entre les deux peuples et fièrement mélangés à toutes autres communautés qui composent cette nation, Afrique en miniature. Ils se sont adjugés pour colorer davantage cette galettes, une intervention remarquable de celui qu'on ne présente plus : l'un des humoristes de l'heure, Markus. Également d'autres musiciens de haut vol, à l'instar de l'inénarrable Ruben BINAM. Parcourons donc, d'un pas feutré et assuré chaque parcelle de l'univers de ADNA.

Pour ce qu'ils savent le mieux faire, ils nous ont servi de la musique, pure, dure, sûre et mûre. À l'ouverture nous avons "Adna", qui donne toutes ses couleurs au projet. Un zeste de Makunè bien senti, comme reçu en guise de don de la part de leurs prestigieux devanciers. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à convoquer leurs mémoire et oeuvres pour appeler la communauté bassa et partant toutes celles de ce pays à s'unir, pour bâtir dans la dignité le devenir prospère de cette nation. "Wo wada u n'kang bé djomb" ("Une seule main n'attache pas le met de concombre"). Un proverbe africain véridique qui voyage depuis la nuit des temps et qui a encore toute sa pertinence aujourd'hui. Dans des accords de voix et mélodies entraînantes, il prend encore plus de sens quand il sert à interpeller des communautés à adna.

Comme si cela ne suffisait pas, malgré cet appel incantatoire, de telles habitudes malheureuses faisant toujours flores au sein de la communauté bassa, comme celle nationale, peut-être face à la honte, est-il enfin possible d'entendre raison. Pour cela, vient à la rescousse le deuxième djomb : "Wo nyu". La honte de voir ce peuple divisé, écartelé entre des disputes de leadership de ses élites et des déchirements outranciers de ses enfants. Pourquoi Samuel ETO'O et BELL Joseph Antoine - BELKA Toby et XMaleya ne se mettraient-ils pas ensemble, pour porter encore plus ce qui fait leur passion et leur communauté ? Une interpellation dont le sens se confond à des notes mielleuses de makossa love teinté d'autres rythmes outre atlantiques, qui habillent ce titre.

Ici aussi des voix se baladent sur des games hautes ou basses, parfois en rupture, mais toujours en équilibre. Elles semblent peut-être se lâcher, prise dans les effluves du bonheur de faire un, de faire communion carnavalesque. Vous l'aurez compris, vous êtes conviés à savourer Carnaval. Une reprise fortement colorée et ambiancée de l'un des hits de la star internationale d'origine espagnole, Julio Iglesias. Un cocktail explosif de sonorités toniques qui nous promènent entre les arbres de la forêt, berceau de Makunè et d'autres univers rythmiques africaines, qui invite à gambader fiévreusement et fièrement.

Poursuivons notre balade en territoire Adna, à la rencontre du quatrième titre, beau comme un djomb li ngond. Au temps jadis, le djomb li ngond était associé à des occasions prestigieuses. Comme symbole de fertilité dont les vœux fervents accompagnaient la bru (n'koa), dans la construction de son foyer. Quand ce ngond avait bien cuit cela matérialise le fait qu'elle était apte à donner naissance à la vie, d'être mère. En outre, il servait à offrir le cadeau précieux et goûteux à un hôte de marque ou simplement à exprimer de la gratitude, mayega. À qui, mieux qu'à l'Auteur de la vie, Yehova, chacun se doit-il d'exprimer sa gratitude ? Nos chantres de belles notes, dans des phrasés Afrofunk, le font si merveillement pour nous ou nous invitent à joindre nos voix aux leurs, dans ce chant de louanges, baptisé "Mayega". Une gratitude, certes de moindre mesure, mérite aussi d'être adressée à celle qui porte et transmet la vie, sur la sixième plage : "Mama". "Mama é ndé jabéa la Loba", peut se dire dans toutes les langues d'ici ou d'ailleurs. Dit en duala, qu'est-ce que c'est poétique, surtout avec cette suavité vocale qui nous entraîne dans une sorte de Makossa dit pop, qu'il convient sans doute mieux de considérer en fusion avec un léger RnB. Andy entre, rejoint ensuite par les autres. Un temps Final D qui suspend des freestyles à timbres aigus sur les cimes ou encore Armand BIYAG qui fait étalage de palette de voix si variée, ainsi que Roger SAMNIG toujours égal à lui-même. On apprécie tout autant la chute du morceau, sur un solo de guitare acoustique.

Voyage vers le passé, dirait-on à l'écoute de la cinquième plage. Écoutez la musique qui démarre sur une sorte de à capela d'onomatopées sortis droit de la forêt équatoriale non française. Dans un n'saa pur comme l'eau de source, des voix mélodieuses nous plongent dans les sources véritables de ce que d'autres ont théorisé comme le storytelling. Ici c'est le conte qui narre la "chicheté" de PONDI NYEG, un chasseur du village. On est entièrement happé par une ambiance soir au village autour du feu de bois qui bataille avec des étoiles là-haut pour éclairer ses visages hagards, qui s'épanouissent à capter le récit coloré du griot, tandis que dans la foule conquise des voix mièvres, guturaux lui donnent la réplique. Et comme il est de coutume en ces temps immémoriaux, conte s'achève par des leçons enveloppées de proverbes ou d'invocation à ceux qui nous ont devancé sur les chemins de la vie. Façon de dire : comment peut-on être aussi chiche que PONDI alors que les hommes d'autrefois ne savaient que partager des repas dans la convivialité absolue et la fraternité ? Avis à nous d'aujourd'hui, à ressusciter la solidarité séculaire dans nos communautés traditionnelles et celle nationale. Rien de tel qu'un Makunè pur jus de palme, remisé aux instruments moderne pour dire musicalement des choses d'une telle hauteur. L'appétence du jembé et des congas donne toutes ses couleurs aux harmonies et rythmiques africaines ajustés comme un piège pour nko'o si.

On termine cette balade empirique avec cette interpellation impérieuse et incisive : "Sebla", l'appel. L'appel à tous les patriarches, fils et filles de la grotte de Ngog Lituba, disséminés aux quatre vents de s'activer à ces instants solennels de la réconciliation. La réconciliation au sein du peuple bassa, bati, mpoo, interpelle à celle de tout le peuple camerounais, en ces temps si troublés. Ici aussi on fait évoluer un de nos rythmes bien-aimé, de l'Assiko à l'Assiko pop, c'est à dire en le fusionnant à la pop venu de l'autre côté de l'Atlantique.

Voilà qui est dit. Il ne vous reste qu'à prêter l'oreille à la musique et non à des élucubrations qui éloignent de l'essentiel, la nécessité de faire UN pour construire la nation. Le choix assumé de s'adresser avant tout au peuple bassa justifie valablement se s'étendre à toutes les communautés ethniques de ce pays qui ne seraient jamais plus divisés que ce peuple si singulier.

Alors à tous, un seul impératif : ADNA...

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